II. L’EXIL (1967-1972)

« C’est le temps d’une année, de deux années, le temps de cinq années pour que l’œuvre soit accouchée ». Le Corbusier

Le 2 avril 1967, quand la troupe fait ses adieux à la Salle Mermillod, elle n’a aucune certitude quant à son avenir. Tout va se jouer durant la saison 67-68, qualifiée de « purgatoire » ; il s’agit d’obtenir un relogement provisoire du Théâtre de Carouge et de savoir si, oui ou non, la municipalité de Carouge entreprendra la construction d’un nouveau théâtre.

Un travail homérique a été entrepris pour mobiliser les Carougeois. Georges Wod y déploie une énergie sans limite. L’Association des Amis du Théâtre de Carouge, présidée par Raymond Zanone, annonce l’adhésion de 3155 nouveaux membres, contribuant pour près de 50 000 francs au financement d’une tournée internationale qui portera le nom de Carouge dans une soixantaine de villes sur trois continents. 

La période d’itinérance dure cinq ans. La compagnie est accueillie par d’autres scènes de Genève et de Suisse romande. Vingt mois après son départ de la Salle Mermillod, elle pose ses valises à la Salle Pitoëff, rénovée à l’intention du Théâtre de Carouge par la Ville de Genève. Elle y restera trois ans, dans l’attente du nouveau théâtre dont la Ville de Carouge, avec l’appui de l’État de Genève, a finalement décidé la construction.

Ce long intermède implique des collaborations étroites, notamment avec la Comédie de Genève et le Centre Dramatique Romand. L’impulsion carougeoise n’est pas étrangère à un événement unique : la coproduction par l’ensemble des scènes subventionnées genevoises de la création française des Anabaptistes de Dürrenmatt, rassemblant cinquante comédiens autour de François Simon dans un spectacle mis en scène par Jorge Lavelli et décoré par Jean-Claude Maret sur la scène du Grand Théâtre !

Carouge poursuit la politique d’accueil inaugurée juste avant la démolition de la salle Mermillod par la venue du Living Theatre, dont Mysteries et Antigone déclenchent une véritable bataille d’Hernani. Le Théâtre organise une série de tournées en Suisse pour cette troupe d’avant-garde, dont le Frankenstein fait sensation au Grand Théâtre.

Louis Gaulis prodigue ses conseils (RTS, 1968)

Entretien avec François Simon, 2e partie (RTS, 1972)