Jean Liermier, portrait en quelques mots

Directeur du Théâtre de Carouge-Atelier de Genève depuis 2008, Jean Liermier est diplômé de l’École supérieure d’art dramatique de Genève. Il débute sur les planches en 1992 sous la direction, entre autres, de Claude Stratz, d’Hervé Loichemol et de Philippe Morand.

Assistant à la mise en scène d’André Engel au Centre dramatique national de Savoie, il collabore également avec Claude Stratz à la mise en scène des Grelots du Fou de Pirandello à la Comédie Française.

Qu’il s’agisse de théâtre ou d’opéra, Jean Liermier aime revisiter les classiques afin de les rendre accessibles à tous. C’est dans cet esprit qu’il crée Les Noces de Figaro de Mozart à l’Opéra national de Lorraine à Nancy en 2007, Le Médecin malgré lui de Molière au Théâtre des Amandiers à Nanterre en 2007, Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux en 2008, L’École des femmes de Molière en 2010, Harold et Maude de Colin Higgins en 2011, Figaro ! d’après Le Mariage de Figaro de Beaumarchais et Antigone de Sophocle en 2012, Le Malade imaginaire de Molière en 2013, My Fair Lady de Loewe en 2015, La Vie que je t’ai donnée de Pirandello en 2016 et en 2017, Feu la Mère de Madame, de Feydeau, et Les Boulingrin, de Courteline

Jean Liermier et le Théâtre de Carouge

Casquette vissée sur la tête, visière en arrière, Jean Liermier est dans la pénombre de la salle, installé à sa table de contrôle. À ses côtés, l’équipe de création : celles et ceux qui imaginent les décors, les lumières, les musiques, les accessoires, les costumes, les maquillages ; celles et ceux qui, sur le plateau, mettent en oeuvre l’univers d’une pièce qui sort peu à peu des pages d’un livre pour se matérialiser sur scène.

Un défi musical

Devant lui, le texte qu’il a choisi de monter. Celui d’auteurs classiques, souvent : Marivaux, Molière, Kleist… Des fondamentaux du théâtre, mais aussi des langues à faire revivre. Faire sonner les auteurs d’hier comme s’ils écrivaient aujourd’hui ? Un défi presque musical pour ce metteur en scène qui s’est souvent frotté à l’opéra. Il n’y a qu’à l’observer en répétition, bondir hors des gradins et, dans un seul élan, sauter la rampe du plateau, s’enrouler doucement autour d’un acteur pour lui glisser ses recommandations. Pour un mot. Parfois même, avant qu’il ne soit prononcé, pour une attaque, une prise de souffle. Car s’il ne dit rien, ne théorise pas, Jean Liermier sait où il va quand il monte une pièce. Et s’il écoute, essaye, change, renverse, revient sur le sens des mots, c’est pour mieux vivre les pistes qu’ils offrent. Même si ces recherches ne figurent pas au spectacle, du moins sont-elles là, en filigrane, tendant sa lecture sans en négliger le sous-texte. Car pas question qu’un spectacle soit la réponse d’un metteur en scène à un auteur : « La représentation n’est pas une conclusion. Elle est un nouveau point de départ », précise-t-il en pensant aux spectateurs avec qui il aime se poser des questions, ouvrir de nouvelles perspectives. Qu’en est-il des acteurs ?

« La distribution, c’est quatre-vingts pour cent du travail. Distribuer, c’est le moment où l’on rêve, où l’on fait des choix», explique Jean Liermier dont on loue souvent le sens du casting.

Il préfère d’ailleurs remettre un projet parce que tel acteur ou telle actrice qu’il voit dans un rôle n’est pas disponible.

Avec Sabrina Martin, pour Figaro! (RTS, 2012)

Haute couture

Ses acteurs, il les protège, car pendant plusieurs semaines, il les met à rude épreuve : lecture, premiers pas dans une scénographie à peine matérialisée, en costumes de répétition, arrivée sur le plateau, dans le décor puis, dans les lumières, avec le son. Et à quelques jours de la première, il faut « entrer dans la lessiveuse » : remettre l’ouvrage à plat, filer, coudre, défaire, s’arrêter sur un pli et coudre sans se blesser, ni dénaturer l’ouvrage. Tendre vers une sorte d’épure, faire entendre la note juste. Haute couture selon Jean Liermier : faire en sorte que les pièces qu’il crée respirent aujourd’hui, parlent du monde dans lequel il vit.

Lectures multiples

Quand il monte Harold et Maude, Les Caprices de Marianne, Le Jeu de l’amour et du hasard, L’École des femmes, Jean Liermier ne cherche-t-il qu’à parler d’amour ? Non, car ses lectures, multiples, n’oublient pas l’injustice des contrats sociaux, la complexité des relations entre générations, le trouble intime que cause la naissance du sentiment, la violence faite aux personnes coincées entre leurs désirs et leurs devoirs, l’autorité et sa remise en cause par le libre-arbitre… À ce moment-là, alors oui, pour lui, le Théâtre c’est la vie.