PORTRAIT

Casquette vissée sur la tête, visière en arrière, Jean Liermier est dans la pénombre de la salle, installé à sa table de contrôle.

À ses côtés, l’équipe de création : celles et ceux qui imaginent les décors, les lumières, les musiques, les accessoires, les costumes, les maquillages ; celles et ceux qui, sur le plateau, mettent en oeuvre l’univers d’une pièce qui sort peu à peu des pages d’un livre pour se matérialiser sur scène.

Un défi musical

Devant lui, le texte qu’il a choisi de monter. Celui d’auteurs classiques, souvent : Marivaux, Molière, Kleist… Des fondamentaux du Théâtre, mais aussi des langues à faire revivre.

Faire sonner les auteurs d’hier comme s’ils écrivaient aujourd’hui ? Un défi presque musical pour ce metteur en scène qui s’est souvent frotté à l’opéra.

Il n’y a qu’à l’observer en répétition, bondir hors des gradins et, dans un seul élan, sauter la rampe du plateau, s’enrouler doucement autour d’un acteur pour lui glisser ses recommandations. Pour un mot. Parfois même, avant qu’il ne soit prononcé, pour une attaque, une prise de souffle.

Car s’il ne dit rien, ne théorise pas, Jean Liermier sait où il va quand il monte une pièce. Et s’il écoute, essaye, change, renverse, revient sur le sens des mots, c’est pour mieux vivre les pistes qu’ils offrent. Même si ces recherches ne figurent pas au spectacle, du moins sont-elles là, en filigrane, tendant sa lecture sans en négliger le sous-texte.

Pas question qu’un spectacle soit la réponse d’un metteur en scène à un auteur : « La représentation n’est pas une conclusion. Elle est un nouveau point de départ », précise-t-il en pensant aux spectateurs avec qui il aime se poser des questions, ouvrir de nouvelles perspectives.

Qu’en est-il des acteurs ? « La distribution, c’est quatre-vingts pour cent du travail. Distribuer, c’est le moment où l’on rêve, où l’on fait des choix», explique Jean Liermier dont on loue souvent le sens du casting.

Il préfère d’ailleurs remettre un projet parce que tel acteur ou telle actrice qu’il voit dans un rôle n’est pas disponible.

Haute couture

Ses acteurs, il les protège, car pendant plusieurs semaines, il les met à rude épreuve : lecture, premiers pas dans une scénographie à peine matérialisée, en costumes de répétition, arrivée sur le plateau, dans le décor puis, dans les lumières, avec le son.

Et à quelques jours de la première, il faut « entrer dans la lessiveuse » : remettre l’ouvrage à plat, filer, coudre, défaire, s’arrêter sur un pli et coudre sans se blesser, ni dénaturer l’ouvrage. Tendre vers une sorte d’épure, faire entendre la note juste.

Haute couture selon Jean Liermier : faire en sorte que les pièces qu’il crée respirent aujourd’hui, parlent du monde dans lequel il vit.

Lectures multiples

Quand il monte Antigone, Figaro !, Le Jeu de l’amour et du hasard, L’École des femmes, Jean Liermier ne cherche-til qu’à parler d’amour ?

Non, car ses lectures, multiples, n’oublient pas l’injustice des contrats sociaux, la complexité des relations entre générations, le trouble intime que cause la naissance du sentiment, la violence faite aux personnes coincées entre leurs désirs et leurs devoirs, l’autorité et sa remise en cause par le libre arbitre…

À ce moment-là, alors oui, pour lui, le Théâtre c’est la vie.

BIOGRAPHIE

Jean Liermier vit et travaille en Suisse.
1970 : naissance à Annemasse.
Depuis le 1er juillet 2008, dirige le Théâtre de Carouge-Atelier de Genève.

Entre 1999 et 2012
Met en scène 14 pièces de théâtre, 3 opéras, 1 lecture, 1 mise en ondes et 3 créations pour la télévision.

En 2005
Retrouve Claude Stratz pour une collaboration artistique : Les Grelots du fou (Pirandello, mise en scène de Claude Stratz,Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier, janvier 2005).

2001
Crée pour la première fois au théâtre le personnage de Tintin, sous la direction de Dominique Catton.

1998-2006
Assistant à la mise en scène d’André Engel (Le Roi Lear, 2006 ; Le Jugement Dernier, août 2003 ; Papa doit manger, février 2003 ; Le Réformateur, janvier 2000 ; Woyzeck, août 1998).

1997-2008
Intervenant-formateur à l’ESAD, au Conservatoire de musique de Genève (section art dramatique), à l’école des Teintureries, au Conservatoire supérieur de musique de Genève (section opéra).

1996-1988
Stages de formation professionnelle : André Engel (1996) ; Yannis Kokkos (1996) ; Matthias Langhoff (1990) ; Ariane Mnouchkine (1988).

Dès 1992
Travaille comme comédien dans 23 créations, sous la direction, entre autres, de Claude Stratz (Sa Majesté des Mouches, Steph, janvier 1998), André Engel (Woyzek, un compagnon, octobre 1998), Richard Vachoux (À l'ombre des jeunes filles en fleurs, juin 1995 ; On ne badine pas avec l'amour, Perdican, juillet 1994 ; Hernani, Hernani, août 1992 ; Le Mariage de Figaro, Figaro, juillet 1991), Philippe Morand (Spirale la nuit, Jean, septembre 1994 ; L'Échappée, Hans, février 1993), Hervé Loichemol (Maison Commune, Romm, janvier 1992), Michel Voïta (L'Assemblée des femmes, le jeune homme, juin 1991)...

1992
Diplômé de l’École supérieure d’art dramatique de Genève (Conservatoire).